Emmélie Adilon

Les vies superposées

Perdre pied 

 

N’espérez pas qu’Emmélie Adilon vous laisse tranquillement barboter dans les poncifs artistiques de la représentation des rivières et des mers. Elle vous entraine, au contraire, dans des flux hasardeux dont aucune digue ou aucune image toute faite nous protège. Des forces liquides, des élans profonds et des fuites imprévues tracent ses lignes de désir sous les lignes d’eau et dessinent les cartographies imaginaires des espaces qu’elle parcourt. Quels que soient les mots qui les nomment, ces flux sont ceux de nos rêveries tranquilles, quand, nous croyant immobiles, nous sommes déjà ailleurs où l’immensité nous entraine.

Laissons-nous dériver vers ces iles méditerranéennes, de la mer Egée ou d’ailleurs. Ceux qui les rejoignent après avoir quitté la Turquie ou l’Afrique, ont-ils un jour rêvé d’elles comme les hommes rêvent des îles, en songeant que là-bas on peut repartir à zéro en étant séparé du monde. Ont-ils une fois seulement désiré Lesbos, Kos ou Lampedusa comme des lieux de solitude et de désert, où ils échouent aujourd’hui par milliers, portés par les courants ?

Dans le travail de l’artiste, il y a des corps dans l’eau qui dessinent des traces, des ellipses, des entrelacs, des éclairs de lumière. Des écoulements et des clapotis. Des vents de Norvège et des vents du sud qui se confondent. Photographie, lavis, peinture, dessin : les mediums s’unissent pour dire la superposition de nos vies en couches et en archives dans un flux de réel et d’imagination.

La vie sablier et des vagues de mots qu’on n’entend pas.

 

Galerie B+

Novembre 2017