Frédéric Montégu

La couleur comme titre

05 mars - 02 avril 2022

vernissage jeudi 05 mars

Vernissage
Vue d'ensemble
Diptyque n°1
Diptyque n°2
Vue d'ensemble
Diptyque n°3
Diptyque n°4
Accrochage
Prises de vue
Vue d'ensemble
Verticales n°1
Verticales n°2
Verticales n°3
Gros plan
Hommage à Ellsworth Kelly
Hommage à Ellsworth Kelly. n°1
Hommage à Ellsworth Kelly. n°2
Hommage à Ellsworth Kelly. n°3
Hommage à Ellsworth Kelly. n°4
Vue d'ensemble
Bichrome n°1
Bichrome n°2
Vue d'ensemble
Ouverture n°1
Ouverture n°2
Ouverture n°3
Ouverture n°4

WHAT YOU SEE

« Les têtes, les personnages, ne sont que mouvement continuel du dedans, « (...) Être le blanc, le rouge, le jaune, le noir, c’est être peintre. Ce n’est pas suffisant que le peintre d’aujourd’hui pense en couleurs : il faut qu’il soit couleur, qu’il en mange et qu’il se transforme en tableau. C’est l’essentiel. (...) Se sentir couleur veut dire : porter en soi-même toute la gamme des couleurs, pas comme un trésor, mais comme une croix (...) »

Théo van Doesburg. Paris, juillet 1930.

L’exposition est un ensemble conçu comme une structure ouverte et composée d’unités élémen- taires. Ces toiles assemblées ne sont pas des tableaux mais les modules de base d’une variation chromatique et sérielle. Les formes sont simples, épurées, organisées pour former une géométrie à partir d’aplats de couleurs. Pas de courbes, de formes arrondies ou de diagonales. Juste une grille, nous suggère Frédéric Montégu, pour fermer l’espace qu’elle barre, contre toute illusion perspective d’une fenêtre sur le monde, chère aux peintres classiques. Pas de place ici pour l’ornement-crime d’Adolphe Loos, l’anecdote-détail ou la touche de pinceau au service d’une apparence des choses comme de la puissance d’un affect. Peut-être distinguera-t-on, du bout des yeux et parce que l’art fait signe, comme dit Aurélie Nemours, l’archétype d’une ligne d’horizon, celui d’un drapeau du code maritime ou d’un totem. Le travail de l’artiste s’appuie sur la pure présence sensible de la couleur, le minimalisme des formes, le refus des natures qui lui sont extérieures et celui de son intime. Mettre à distance la figure ou l’objet, la saisie d’une impression et les forces de l’expression.

C’est peut-être un paradoxe que ce travail peu prolixe, tout en silence intérieur, en aridité des formes et en immédiateté, nous plonge dans les mots du tumulte de l’art du XXe siècle et des grands courants de l’abstraction ajustant sans fins le voir, le dire et le faire, pour reprendre Jacques Rancière. Ces courants, vous les connaissez : l’art qui change le monde au point de s’auto anéantir dans la vie, l’art résistant au contraire à toute assimilation, fut-elle émancipatrice, celui d’une quête du Spirituel dans l’art ou d’un Suprématisme, celui du chemin vers l’irreprésentable de la Chose, celui de l’incarnation du Verbe, celui des modernes et de la pureté plane de la peinture contre l’illusionnisme. De Kandinsky à Mondrian. De Klee à Kelly, de Stella à Mark Rothko et Nemours. Des théories de Van Doesburg à celle de Greenberg. Bien d’autres.

Les compositions sans sous-textes de Fréderic Montégu ne représentent rien. Elles sont des objecti- vités qui ne font aucune place au lyrisme, ni à la promesse d’une vérité. Les structures, les couleurs et les plans ont la consistance d’un réel sans parole, pas celle d’un discours. C’est ainsi que ce travail peut se ranger dans l’art concret tel qu’il a été défini en 1930 par Theo van Doesburg autour de quelques principes simples comme le refus du symbolisme et du subjectivisme dans un « effort pour la clarté absolue ». Le médium est rythme, sous la force étonnante de la couleur qui est à elle -même son propre sujet. Visualité pure d’une oeuvre belle mais qui ne veut rien, à proprement parler. Qui oblige à regarder devant et non derrière. Pas de Sublime ici. Pas même d’alphabet élémentaire ou d’algèbre pour traduire un monde total. « Ma peinture est fondée sur le fait que seul s’y trouve ce qui peut y être vu. C’est réellement un objet. (...) What you see is what you see » nous disait Franck Stella en 1964, dans une célèbre tautologie.

Rien dans le travail de Fréderic Montégu pour rendre visible un invisible. Plutôt le mutisme d’un silence méditatif comme un évidement où palpite l’étonnante présence du concret. Comment dans l’ascèse d’un retrait sous l’emprise de la couleur qui s’impose, se dessaisir de soi et dans le moment présent d’une série, s’approprier le monde tel qu’il est ?

Devenir imperceptible ?

Deleuze et Guattari dans Mille plateaux, 1980 : « (...) Devenir tout le monde, c'est faire monde, faire un monde. A force d'éliminer, on n'est plus qu'une ligne abstraite, ou bien une pièce de puzzle en elle-même abstraite. Et c'est en conjuguant, en continuant avec d'autres lignes, d'autres pièces qu'on fait un monde, qui pourrait recouvrir le premier, comme en transparence. (...)»

                                                                                                                                  Christian Sozzi I Galerie B+