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Mélanie Lefebvre

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9 juin - 9 juillet 2022

vernissage jeudi 9 juin

Accrochage
Vernissage
Vernissage
Vue d'ensemble
" Papillon "
Gros plan
" Peau d'âme "
Vue d'ensemble
Vue d'ensemble
" F., l'amant rose "
Gros plan
Vue d'ensemble
" L'hameçon II "
Vue d'ensemble
" A poing "
" Mâle mené "
" Sens dessus dessous "
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Vue d'ensemble
Vue d'ensemble
" Rêve parti "
Gros plan
Vue d'ensemble
" En nuit "
Vue d'ensemble
" L'hameçon "
Gros plan
" Ancré "

PIEGE A REGARD

« Nous sommes à une époque de mise au point... on a des projecteurs qui fouillent et qui illuminent les coins les plus reculés. On voit au travers des corps. Les moyens nouveaux nous ont créé une mentalité nouvelle. On veut y voir clair, on veut comprendre les mécanismes... Et on s’aperçoit que ces détails, ces fragments, si on les isole, ont une vie totale et particulière (...) »

Fernand Léger, à propos de son film Le Ballet mécanique, 1923

La présence qui impose. Dans des compositions au cadrage serré, des étreintes semblent s’offrir à notre indiscrétion dans des scènes à l‘intrigue incertaine et qui nous placent en position troublante de déranger une intimité. Les toiles sont couvertes d’une peinture à l’huile lisse et fine où dominent jusqu’à satiété, roses, carmins, pourpres et incarnats. Entre puissance du détail grossi, anamorphose et stylisation, la peinture, saturée de vrai, soulève pour le spectateur l’inconfort d’être là sans avoir été tout à fait invité.

Comme des acteurs jouant leur propre intrigue, des mains fortes pressent des chairs dans des liturgies de cérémonies secrètes. Fétiches, gestes guérisseurs, marionnettes désarticulées, impositions rituelles ou caresses. Les doigts agissent comme des quasi personnages qui auraient congédié leur auteur. Sous des apparences familières, ils jouent pour nous la drôle d’histoire de ce qui se dérobe.

Mélanie Lefebvre présente des corps morcelés et instables, parcourus par des intensités contraires qui donnent à ces objets partiels des postures inédites et théâtralisées. Effleurements, emprises et pressions. Rictus. Outrance surjouée. Rouages d’épiderme et mécanismes. L’artiste creuse les anatomies, lisse le velours des matières, hausse les teintes, jusqu’à l’irréel, des tons cerise et fuchsia, force la tension des articulations vers l’exubérance et fait courir l’hydrographie des veines bleues sur l’orange.

Le gros plan libère l’espace de sa profondeur de récit. Il installe la scène ici et maintenant. La peinture dévoile alors la surréalité d’une nouvelle vie et de ses chairs palpitant sous la peau. Une déconstruction des évidences pour une vérité crue derrière un paraître. Ni passé ni futur, mais la visibilité hallucinée du trop près qui isole et défait des organes sans corps en fragments réifiés. Il faut se convaincre que l’artiste ne prélève pas des éléments d’un ensemble dont ils font témoignage, mais qu’au contraire, pour les imaginer libres, elle les élève au rang de pures créatures affranchies, comme libérées du décor d’une histoire ou allégées du poids d’une passion.

Chaque toile de Mélanie Lefebvre est le théâtre d’un rituel sans violence, ni provocation. Elle invite simplement à voir mieux ce qui aveugle. Ce qui est peint ne se dissimule pas sous des virtuosités plaisantes mais s’offre nu comme le foyer fascinant d’une lampe autour de laquelle se brûlent les regards qui se pressent et les mots qui cherchent en vain à donner consistance à ce qui ne se voit pas.

Des flux d’énergie parcourent les nuques et des poitrines d’hommes sous les doigts mêlés. Dans cette peinture dressée comme une machine à voir, il n’y a pas d’éparpillement de détails ou de papillotage de descriptions réalistes qui affaiblirait un ensemble. Tout y est dit qui conduit à l’essentiel. La texture des choses et des êtres sans nom dans leur proximité dérangeante. Les muscles lustrés comme des sculptures dans un espace où la peau, dans un frémir d’aimer, est brûlante de couleur. Une nudité primitive.

Enveloppant ces présences impossibles comme des spectres, l’artiste se joue du miroir de l’apparence quand elle recouvre d’un rose rêvé ce qui sépare les tumultes intérieurs et la topographie visible des peaux, ce qui dissimule l’intime et les vanités de ses protections. Une vie des corps plus réels que la réalité.

                                                                                                                                  Christian Sozzi I Galerie B+