Robin Curtil

Bon-jour

11 janvier - 9 février 2019

Peindre la peinture. Et sa puissance

 

Robin Curtil ouvre des espaces en traçant des plans dans des équilibres qu’un souffle peut rompre et qui, sitôt rompus, se reforment pour créer des nouveaux mondes. Là où des formes en suspend se cherchent, hésitent à naître, s’effondrent avant de s’affirmer encore…Dans cette balance délicate entre spontanéité et composition, entre suggestion murmurée et affirmation, la peinture semble nous dire quelque chose  de l’impossibilité de son achèvement.

Ce désordre ordonné est traversé de courants d’énergie portés par des éléments fluides ou tendus, des matières molles et des structures érigées. La peinture bouge, s’écoule dans des parcours de fuite, se défait dans des plis puis se fortifie à nouveau. La force évocatrice de cette usine de sensations se nourrit de l’écart de ces variations minimes ou substantielles.

D’une toile à l’autre, l’artiste épouse les aventures et les gestes de la peinture abstraite avec ses impatiences, ses tensions et ses vacillements, en mobilisant tout de l’art pictural : l’empâtement expressionniste de l’huile dans des amas nucléaires chargés d’énergie explosive, les traits tubulaires au design mécaniste, les ponctualités flottantes et singulières, les aplats de champ coloré, les quasi modelés, les passages de teintes, les nébuleuses de l’acrylique en spray, la rectitude des lignes de trames, la douceur des volutes…  

Le chevauchement et l’enchevêtrement des lignes et des coulées aux couleurs âpres ou sucrées construisent les scènes où rôdent - ici et là - quelques figures spectrales dans des décors à l’imagerie contemporaine. Par cet entrelacs des formes et des motifs, le peintre creuse dans la profondeur des champs de la toile, en brouillant les rapports entre le premier et l’arrière plan, entre l’espace de la toile et son extérieur.

Ainsi, la peinture pousse en avant et privilégie l’énergie des rythmes et la pulsation des sonorités intérieures sur la stabilité des formes. Ce travail est une puissance qui s’origine dans le besoin impérieux de la peinture de raconter, encore et encore, l’histoire de sa naissance. C’est pourquoi il y a tout: les interrogations, les doutes, les certitudes défaites et les engagements avec une réécriture très créative des vocabulaires, des processus et de l’histoire de l’art moderne.

Cette recherche en passion est l’opposé d’un exposé froid, référentiel et rhétorique d’une peinture raisonnante. Bien au contraire, cette peinture nous lie à la présence d’un geste en lutte dans des décors hallucinés, au milieu d’un espace de vie flottant entre les taches de couleurs qui convoquent des présences organiques et peuplent nos songes de forces obscures.

 

                                                                                                                                              B+ Galerie